Sonderkommando, Dans l'enfer des chambres à gaz

L'avis de Lirélie - Essentiel !

Sans titre

 

Résumé : Issu de la communauté juive italienne de Salonique, Shlomo Venezia fut déporté à l'âge de vingt et un ans à Auschwitz-Birkenau, et incorporé dans les Sonderkommandos, ces «équipes spéciales» chargées par les SS de vider les chambres à gaz et de brûler les corps des victimes, avant d'être éliminées à leur tour au bout de quelques mois. Plus d'un demi-siècle après, le témoignage d'un des rares rescapés.

 

L'avis de Lirélie : Indispensable !

Tel est mon sentiment sur cette lecture éprouvante mais ô combien éclairante sur les côtés les plus infâmes d'un génocide qu'on n'a pas voulu croire ou pour lequel on a fermé les yeux.

Shlomo Venezia décrit dans un entretien préfacé par Simone Veil, sa vie dans la Grèce d'avant-guerre et le basculement de son univers vers le cauchemar absolu. Avec une volonté farouche de dire la vérité, il explique ce qu'il a vécu et se tait sur ce qu'il n'a pas vu. Et il en a vu beaucoup...

Primo Levi, dans Si c'est un homme, disait que les personnes ayant véritablement vécu l'horreur et la barbarie du nazisme sont ceux qui ont fini dans les chambres à gaz. Personne hormis eux n'étaient plus à même de comprendre la monstruosité, puisqu'ils en furent les victimes. Seulement, des hommes ont approché de près cette infamie, l'ont côtoyée tous les jours et ont dû en nettoyer les traces que les allemands voulaient cacher au monde.

Ces hommes, ce sont les membres du sonderkommando, le groupe de prisonniers mis à part du reste du camp avec interdiction formelle d'entrer en contact avec les autres détenus pour garder un secret qu'on ne voulait éventer: la mise à mort par asphyxie au Zyklon B de milliers de personnes innocentes, hommes, femmes et enfants. Car les SS ne voulaient pas se salir les mains et hormis le versement du gaz dont ils avaient la responsabilité (les membres du sonderkommando n'ont jamais participé à la mise à mort), ils laissaient au sonderkommando le travail le plus abject qui soit: aider des familles entières à se dévêtir en vue d'une soit-disant douche pour ensuite attendre dix à douze minutes ques les hurlements cessent afin de dégager la chambre à gaz d'une montagne de cadavres entassés pêle-mêle, dans la preuve la plus macabre de la violence du traitement qu'on leur a infligé. Les traces d'ongles sur les murs à Auschwitz prouvent ces faits.

Agissant comme des automates, n'ayant plus la capacité ni la volonté de raisonner pour une tâche aussi absurde que l'absurdité de leur existence, ces hommes évacuaient les cadavres dont je tairais l'état (insoutenable) pour les brûler dans les fours crématoires ou dans les fosses à ciel ouvert quand les fours ne suffisaient plus.

Shlomo Venezia est arrivé à Auschwitz en 1944 et il a survécu au sonderkommando par miracle dans le sens où ces détenus étaient régulièrement purgés. Il évoque bien entendu cet aspect effroyable de son histoire mais on apprend aussi que son emprisonnement tardif était dû à la relative protection que son statut d'immigré italien en Grèce (la Grèce était sous domination italienne avant que l'Allemagne n'en prenne le contrôle)lui conférait comme Mussolini renâclait à livrer les juifs à son homologue allemand. Malheureusement, comme la plupart des juifs d'Europe, il a lui aussi terminé dans un wagon à bestiaux l'emmenant vers un destin qu'il ne pouvait à l'époque concevoir.

Le récit de ces événements est certes terrible mais à la différence de Si c'est un homme de Primo Levi, c'est présenté sous la forme d'un entretien avec questions-réponses qui,à mon sens, facilite l'accès de cette lecture à un public plus jeune, ayant la volonté de faire connaissance avec un passé macabre mais à la détermination vacillante quant à la masse de pages à lire (non pas que ce soit trop long). Là, on a l'impression, non pas de vivre le récit, ce serait malsain et horrible, mais d'être près de Shlomo Venezia quand il évoque sa vie.

La puissance de son discours tient aussi au fait qu'il s'exprime simplement, sans fioritures, avec un souci de vérité pointilleux, dans le but de laisser le lecteur se faire sa propre opinion sur son expérience.

Pour ma part, je connaissais l'existence du sonderkommando et sa vocation, j'étais donc préparée au contenu de cet entretien. Mais comment rester de marbre malgré le recul de 70 ans, à l'évocation de cette organisation pensée et rationnalisée pour la mise à mort en masse d'un peuple désigné comme le vecteur de tous les maux, lui et tous ceux étant jugés indignes d'être des hommes (tziganes, homosexuels, handicapés, ...). Comment ne pas pleurer, ce que j'ai fait, je le dis sans honte, quand l'une des illustrations de David Olère (un autre détenu rescapé du sonderkommando) qui ponctuent le livre, montre un homme squelettique tirant d'une main le cadavre d'un enfant de cinq ans tout au plus, et avec une canne, par le cou, la mère de celui-ci, récupérée dans la montagne de corps en arrière-plan ? Ces hommes sont allés au plus près de l'horreur absolu. Ils n'auraient pas dû en revenir, les nazis ne voulaient pas qu'ils en reviennent afin qu'on ne sache pas jusqu'où ces soit-disant "hommes" sont allés pour se débarrasser de soit-disant "sous-hommes".

Shlomo Venezia conclut son entretien en disant qu'il a survécu à la mort mais que quelque part, il n'a jamais vraiment quitté le camp. Une part de lui est restée là-bas, l'empêchant d'être pleinement heureux là où il était désormais. Car les camps ont tout autant éliminé des milliers de personnes, qu'ils ont brisé celles qui avaient survécu.

Je conclurais donc cet avis en assurant que c'est grâce à ce genre de témoignage que nous, les générations d'après, nous n'oublions pas et que maintenant que les rescapés des camps encore en vie se font de plus en plus rares, c'est aussi à nous, de faire en sorte que ce qui s'est passé, ne soit pas oublié dans le futur. Alors, lisez Shlomo Venezia, lisez Primo Levi, lisez autant que vous pouvez et transmettez, transmettez, transmettez, car l'oubli tue beaucoup plus vite qu'on ne le pense...

 

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